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La flore remarquable de l’île d’Ouessant

Ouessant bénéficie de multiples labels et statuts de protection reconnaissant l’originalité et l’intérêt de son patrimoine naturel : l’île est une commune du parc naturel régional d’Armorique et de la réserve de biosphère de la mer d’Iroise, une large part de son littoral est sous la protection des sites classés et cette marge littorale est aussi listée en zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) de type I . Enfin, l’île appartient au réseau d’espaces protégés européen Natura 2000, s’inscrivant ainsi dans les réponses concrètes mises en place par les politiques environnementales face à l’érosion de biodiversité constatée à large échelle. Or ces espaces protégés connaissent aussi des changements d’usages qui sont susceptibles de menacer le maintien des espèces protégées, dont la présence a en partie justifié la protection de ces aires.


Cytisus scoparius subsp. maritimus, le Genêt maritime (C. Caïn).

Ouessant se trouve ainsi confrontée à de profonds changements d’usage des pratiques. Alors que cet espace rural subit une forte déprise agricole et, par là même, un enfrichement progressif des milieux ouverts, l’île est devenue une destination touristique très prisée.

Centaurium maritimum, la Petite Centaurée maritime (C. Caïn).

La dynamique d’enfrichement progresse (Gourmelon et al., 2001). Une majorité des anciennes terres cultivées, situées à l’intérieur de l’île, ont été pour la plupart converties en pâtures. Au final, si la surface de pâtures a ainsi assez peu évolué au cours des cent cinquante dernières années, sa répartition spatiale a en revanche nettement changé : autrefois littorales, les pâtures sont désormais largement localisées à l’intérieur de l’île, plus près des habitations. Plus d’un tiers des pâtures est ainsi totalement abandonné et évolue vers la friche (Gourmelon et al., 1995).

L’île connaît aussi depuis quelques décennies un accroissement considérable de sa fréquentation touristique, consécutive à l’attrait croissant du public pour les espaces naturels et les sites protégés (Levrel et al., 2009), mais aussi à sa médiatisation (reportages dans la presse audiovisuelle et écrite). Il s’agit donc principalement d’un public de randonneurs, dont la grande majorité, notamment en été, se contente d’une brève visite à la journée. Une des premières conséquences de la fréquentation touristique est la dégradation du tapis végétal consécutive au piétinement. En fonction de l’intensité de celui-ci et des capacités de résistance des milieux, ce processus peut conduire à la création de zones plus ou moins étendues, au couvert végétal altéré, voire à une mise à nu des sols et à la création de zones très érodées (Kerbiriou et al., 2008). Ces deux dynamiques (enfrichement et piétinement) concernent particulièrement les espaces littoraux qui, outre leur originalité paysagère, concentrent les espèces et habitats emblématiques de l’île ayant justifié le classement en espaces naturels protégés. Ce patrimoine naturel est ainsi potentiellement menacé...

Ouessant is blessed with a remarkable flora which includes many rare species of national importance. This has been recognised over the years in the environmental policy of governments, and the island benefits from a number of political measures designed to ensure its protection from an ever increasing loss of biodiversity. However, as the following article illustrates, Ouessant’s fora remains under a threat from graduat and ongoing changes to the very nature of the island, notably concerning land use and an increase in tourism. With this in mind the authors present the results of a study, made in spring 2005, aimed at clearly defining the areas which harbour the rarest species. Set in relation to tourism data, the results will help in determining conservation strategy in the future. The article concludes with a discussion of the study and the various dynamics on the island currently affecting its precious fora.

... Localisation des espèces rares

Au printemps 2005, nous (C.K. & I.L.V.) avons prospecté activement l’île pour réaliser une cartographie la plus exhaustive possible des stations d’espèces ou sous-espèces reconnues à forte valeur patrimoniale (plus loin, par souci de lisibilité, nous utilisons le terme espèce pour désigner celles-ci). Depuis, ce travail s’est poursuivi (C.C.). Les stations ont été localisées à partir de relevés de terrain, puis numérisées pour archivage dans un système d’information géographique à l’aide des orthophotos de l’IGN. Selon leur abondance par station, les espèces sont représentées par station (espèces peu fréquentes) ou par présence dans une grille dont les cellules sont de dimension 250 x 250 mètres.

Indice de rareté

Dans l’objectif de localiser les zones à fort enjeu de conservation, nous avons cherché à agréger les données des différentes espèces rares. Nous avons alors construit un indice de patrimonialité qui ne prend en compte que les espèces rares et leur abondance. Les espèces listées dans l’annexe II de la liste rouge régionale n’ont pas été prises en compte dans l’analyse car leurs stations n’ont pas été cartographiées de manière aussi exhaustive que les espèces considérées comme beaucoup plus rares. L’abondance de chaque espèce est ici estimée par le nombre de stations par cellule de la grille (cellule de 250 mètres de côté, 292 cellules sur Ouessant ; pour plus de détails, se référer à Kerbiriou et al., 2008).

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Localisation des zones à forts enjeux patrimoniaux, la zone grisée indique les sites classés et la zone tampon de la réserve de biosphère de la mer d’Iroise et correspond en grande partie à la zone classée en ZNIEFF de type I.

Conclusion et perspectives

Cette synthèse permet de localiser les principaux enjeux de préservation des plantes rares à l’échelle de l’île, en les mettant en relation avec les menaces qui existent...

...La confrontation des données actuelles et anciennes (Bioret, 1989) met en évidence que certaines espèces, malgré d’importants efforts de prospection de la part de nombreux botanistes, n’ont pu être retrouvées et sembleraient ainsi avoir disparu d’Ouessant...

... Là encore, des opérations de réouverture de milieux (création de mares...) pourraient apporter des surprises, tant du point de vue botanique que faunistique, à travers par exemple le maintien de populations de libellules peu communes comme Ischnura pumilio ou l’accueil de limicoles migrateurs.

Cette analyse souligne une fois de plus tout l’intérêt de ces inventaires et la nécessité de leur actualisation. Nous (ANO) vous encourageons bien sûr à poursuivre cette veille... et à nous faire partager vos découvertes.

Christian Kerbiriou, Isabelle Le Viol & Cédric Caïn, Natur Eussa N°3 – année 2012, « Flore remarquable de l’île d’Ouessant ».

Retrouver la totalité de l’article dans notre revue Natur Eussa N°3, 2012


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Association Naturaliste d’Ouessant

Directeur de publication : Jean-Philippe Siblet
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